Numéro 12 - juillet 2008

vendredi 22 septembre 2017
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EDITORIAL

Sauf quelques problèmes de vocabulaire et de grammaire il n’y a que du cœur entre nos amis italiens et nous. En témoigne la belle unité de communication de nos rencontres de Gènes, que nous vous livrons. A tel point que dans son introduction aux quatorzièmes journées d’étude du psychodrame Balint, Annie Bouillon, notre présidente, avoue avoir rêvé parler couramment italien.
Désir avoué, illusion pardonnée.
Cette question de langage éclaire déjà notre point de vue sur le thème de l’urgence : le problème n’est pas seulement la pertinence technique, mais l’importance relationnelle, surtout verbale - dans des circonstances où les mots pèsent d’autant qu’ils sont rares. Piero Trucchi rapporte un cas dramatique, ou plutôt, vécu dramatiquement, en regard d’un autre où l’indifférence affichée le révoltait. Comment devenir adéquat aux difficultés auxquelles le travail nous confronte ? La réponse va à une urgence qui ne saurait attendre, et demande par sa portée une profonde réflexion, antérieurement nécessaire pour émerger maintenant.
L’urgence n’envoie pas de préavis. L’émotion du soignant l’inonde brusquement d’images imprévues. C’est cet aspect que commente Maria- Sole Acutis par le fil de son téléphone rouge.
Le généraliste qu’était François Berton constate que les urgences au sens médical du terme échappent maintenant à ses confrères, contrairement aux décennies passées. Mais leur attitude, leur connaissance du milieu aident à faire avaler la potion amère de la décision rapide, et surtout les empêchent de récuser ce qui ne relève vraiment pas de l’insécurité, mais est vécu comme tel par le patient - avec la conséquence que l’on devine.
Et si le soignant épouse la menace ? S’il s’identifie avec le sujet du problème ? Madeleine Joss pointe que le groupe permet de percevoir ces éventualités pour les désamorcer. A laquelle des trois Parques va se référer le médecin ? A laquelle va-t-il s’affronter ? On ne les provoque pas impunément.
Ce n’est pas celui des Parques que le fil de Michelle Bonal, mais celui du « crochet que crochète » le fil du patient et celui du soignant, maillés ensemble. Ce fil, celui du temps, dans la situation d’urgence relie à tout ce qui interfère avec elle, au risque de se rompre. Comme le bec du crochet ramène la maille qui comble le manque.
Florence Cousinié se trouve peut-être la mieux placée pour parler de l’urgence. C’est son quotidien. Elle ne possède pas, comme les autres participants toute la trame d’histoire et de mémoire que la clientèle fixe donne ; mais une sommation de multiples expériences que lui procure sa faculté d’éclairer différemment sur le terrain les diverses circonstances. Je m’adapte en permanence, dit-elle, et n’est-ce pas une des conditions devant le danger immédiat.
Pour Arthur Trenkel l’urgence était de répondre à la demande d’Annie Bouillon ; et ce ne sont pas les cas du métier qui alimenteront sa réflexion, mais ses rencontres de la vie courante. Pour nous montrer que l’attitude relationnelle reste bien plus proche de la vie quotidienne que des salles de cours. Et avec un clin d’œil, prétend qu’elle est également utile dans la vie professionnelle. Son humour nous ravit. Il faut le relire encore, sa clarté reste féconde : « Tout est là, s’écouter soi-même en écoutant l’autre, les autres, et oser se servir des facultés personnelles sans se laisse trop emporter par celles-ci, non plus. »

Annie Bouillon François Berton

Sommaire du numéro 12 :

DOSSIER : FORMATION A L’URGENCE, URGENCE D’UNE FORMATION

François Berton, Annie Bouillon : Éditorial

DOSSIER :

Annie Bouillon : Introduction

Piero Trucchi Formation et désir

Maria Sole Acutis L’enfant du téléphone rouge

François Berton Le généraliste est-il un urgentiste ?

Madeleine Joss Une expérience de Psychodrame Balint en Ligurie

Michèle Bonal L’urgence en gynécologie : un point de vue

Florence Cousinié Écoutez le malade ; il vous dit le diagnostic

Arthur Trenkel A propos du vécu relationnel...

HORS DOSSIER :

Edmond Gilliéron Les urgences médicales

L. Valdès, E. Darchis, M.-L. Port-Lis, C.O/ivier Enfants aux urgences

Martine Dambreville Urgence à dire

Bernard Lafont On appelle un psychiatre. Pour quoi faire ?

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